Plus libre, plus engagée et plus humaine : Beyoncé s’élève un peu plus avec son nouvel album.

[dropcap]A[/dropcap]ucune info, aucune fuite, seulement des bruits de couloirs. En 2016 Beyoncé réussit une nouvelle fois à totalement cadenasser un projet d’envergure, à l’imbiber de mystère et à break the Internet pour la sortie de son sixième album solo.

On pensait qu’il était difficile de faire plus efficace que la sortie surprise de son album éponyme fin 2013, dont la technique marketing a totalement révolutionné l’industrie du disque et bien était reprise par d’autres depuis (comme a tenté de le faire avec un peu de mal Rihanna en janvier dernier). Pourtant Queen B a réussi ! Depuis qu’elle a volé la vedette à Coldplay lors du dernier Super Bowl, on avait plus trop eu de ses news, mis à part le lancement d’une ligne de survêtement en début de mois. Un silence brisé la semaine dernière avec le teasing d’un mystérieux projet intitulé « LEMONADE » et diffusé ce samedi sur HBO.

Un film d’une heure, illustrant les 12 titres du nouvel album, voilà ce dont il s’agit. Le concept du précédent album – qui proposait une succession de clips sans liens – est ici poussé plus loin en proposant une cohérence dans les thèmes et les visuels. Tourné à la Nouvelle-Orléans, « LEMONADE » est totalement imprégné de cette ambiance afro-américaine, qui imprègne aussi les thèmes des chansons.

Abordant dans une première partie les trahisons de son conjoint (« Pray You Catch Me », « Sorry », « Hold Up » où elle arpentant les rues une batte de baseball à la main, « What a wicked way to treat the girl that loves you »), « LEMONADE » glisse peu à peu vers un hommage aux afro-américaines, une célébration de la femme noire où les référence aux anciennes et aux filles sont omniprésentes : le génial « Freedom » avec Kendrick Lammar qui sample « Let Me Try » de Kaleidoscope, « All Night » ou encore « Formation » qu’on ne présente plus.

Plus facile d’accès que le précédent, ce nouvel album ne fait pas pour autant dans la facilité. Aucun titre calibré pour la radio, ni aucun tube accrocheur pour le dancefloor. Moins urbain, « LEMONADE » regorge de multiple styles : le reggae à la Diplo sur « Hold Up », le rock à la Jack White sur « Don’t Hurt Yourself », une savoureuse folk/country sur « Daddy Lessons ». Beyoncé ose de nouvelles sonorités, sort de ce qu’on pourrait attendre d’elle, d’une popstar de son rang, et séduit encore.

C’est là qu’elle prouve toute sa force, celle qu’elle a acquise petit à petit depuis « I Am… Sasha Fierce » (2008), lui donnant aujourd’hui une liberté artistique totale. Un statut d’intouchable qui lui permet de ne pas suivre les règles et de dicter les siennes, celles qui seront suivies par la suite. Quelques jours après la disparition de Prince, on se rend compte à quel point les artistes de cette trempe, les popstars qui vont marquer leur temps, sont peu nombreuses aujourd’hui.

« LEMONADE » est un grand album, cohérent, exigent où Beyoncé laisse un peu tomber sa carapace fierce (mais pas trop quand même !) et dévoile ce qui l’anime vraiment. Il aura fallu six albums pour arriver à entrevoir un peu d’humanité de cette machine d’entertainment, mais on y est arrivé !

En tournée des stades dès mercredi pour son « Formation World Tour », Queen B sera au Stade de France le 21 juillet pour ce qui s’annonce déjà comme un des concerts majeur de l’année ! Vous pouvez  par ailleurs (re)lire mes comptes-rendue du « Mrs. Carter Show » à Montpellier en 2013 et du « On the Run Tour » au Stade de France en 2014.

Et si vous vous demandez d’où vient ce titre d’album sucré, c’est Hattie, la grand-mère de Jay-Z qui l’explique, lors de la petite fête pour son 90ème anniversaire captée à la fin de « Freedom » :

« I had my ups and downs, but I always found the inner strength to pull myself up. I was served lemons, but I made lemonade. »

A retenir : « 6 Inch », « Daddy Lessons », « Freedom », « All Night », « Formation ».
Note : 84 / 100