Joanne

« Don’t call me Gaga, call me Joanne. »

[dropcap]A[/dropcap]vec les yeux cachés sous l’ombre de son chapeau rose, difficile de distinguer les traits de la chanteuse qui se présente sur la mini scène d’un bar de Nashville. Seuls ses tatouages la trahissent. Une licorne, une trompette et des citations. Comme des souvenirs de ses vies antérieures.

Une tournée des bars. Voici comment Lady Gaga a lancé la promo de son très attendu cinquième album. Trois ans après le grandiloquent « ARTPOP », suivi par une sorte de rehab artistique en compagnie de Tony Bennet.

A 30 ans Lady Gaga a pris le temps. Celui de réfléchir à ce qu’elle voulait faire, quelle suite donner à sa carrière après le tourbillon ininterrompu depuis 2008, et dont elle n’était pas sortie indemne (dépression, drogues, alcool et autres joyeusetés).

Terminé donc les concepts alambiqués, dont elle n’avait pas elle-même identifié les tenants et aboutissant. A l’instar d’ « ARTPOP » où elle s’est perdue dans son personnage, trop cherché à intellectualiser le truc, et sorti un gloubi-boulga d’electro-pop. Alors il y avait de très bons titres dans le lot (« ARTPOP, « Gypsy », « Do What You Want », « Venus »), mais d’autre surproduits et qui ne ressemblaient à pas grand chose… (« Aura », « Jewels N’ Drugs », « MANiCURE »).

Pour « Joanne », du prénom de sa tante décédée, Gaga s’est fait plaisir dans le choix de ses collaborateurs : Mark Ronson, Kevin Parker des Tame Impala, BloodPop, Beck… Des univers a priori différent du sien, mais avec le seul but de faire de la bonne musique, rien d’autre. Il en résulte un disque simple, brut, « no filter », bref rafraîchissant.

Quand on suit Gaga de près, qu’on regarde les différents live qu’elle peut proposer, on n’est pas dépaysé à l’écoute de « Joanne ». Cet album, c’est le résultat de ce qu’elle a vécu depuis deux ans. Avec cette envie de se rapprocher de sa famille, de ses amis, de ses racines. S’il mélange beaucoup de styles (comme sur tous ses disques néanmoins), il en résulte une vraie essence live, quelque chose de sincère dans la démarche. Le changement parait en revanche plus radical lorsqu’on est resté à la robe en viande et à RedOne. RedOne qui est présent tout de même sur l’album…mais avec une ballade ! La très jolie « Angel Down ».

Dans ce registre, « Joanne » et « Million Reasons » sont les plus belles réussites du disque. Mélodieuses et servies par une voix maitrisée et jamais gueularde (cf « Dope »), elles apportent enfin de belles ballades à son répertoire.

Mais comment ne pas résister à « Hey Girl » ? Rien que l’idée d’un duo Gaga/Florence Welch était excitante, alors avec ce petit côté 70’s à la Elton John, voici un bonbon délicieux dont on aura du mal à se lasser.

C’est aussi en ça que « Joanne » est un bon disque : il est court ! 45 minutes c’est parfait ! Car les disques pop qui montent jusqu’à 17/18 titres sont épuisants. Surtout quand ils se composent d’une bonne moitié de morceaux randoms. Ici 13 dans sa version deluxe, dont seulement un faible : « Grigio Girls ».

Mais « Joanne » n’est pas un album de ballade. Outre « Perfect Illusion », « Diamond Heart », « Sinner’s Prayer » et « A-YO », dans un gros mélange de country-rock-60’s, se révèlent vite addictifs. Seul le « Dancin’ In Circles », produit par Beck, demeure un peu en dessous du lot.

Chaque album à son lot de titres qu’on a un peu honte d’aimer. Ici c’est « Come To Mama » qui s’y colle ! C’est typiquement le genre de titre très facile, déjà vu et revu, mais qui marche terriblement !

En résumé difficile de le comparer à ses autres albums, car il n’a pas du tout été fait dans la même optique. « Joanne » n’est pas un grand disque, pas les monstres que pouvaient être « The Fame Monster » (justement !) et « Born This Way » dans leur élaboration, ni la grosse machine d’ « ARTPOP ». Lady Gaga nous offre un disque simple, qui ne cherche pas à être autre chose que de la bonne musique.

Si elle a déjà annoncé être sur scène en 2017, le premier rendez-vous sera de taille puisqu’elle aura la lourde tâche d’assurer la mi-temps du Superbowl ! En attendant, je vous propose de relire le compte-rendu de sa dernière tournée, il y a 2 ans au Zénith de Paris.

A retenir : « Joanne », « Hey Girl », « Million Reasons », « Sinner’s Prayer ».
Note : 86 / 100