Robyn

On l’a attendu ce nouvel album de Robyn. Huit ans pour être précis, depuis la sortie de « Body Talk » emmené par « Dancing On My Own », incroyable hymne des coeurs brisés et toujours aussi magique presque une décennie plus tard, malgré une pâle copie exécutée récemment.

Dans le game des popstars, prendre autant de temps entre deux albums est forcément dangereux (oui XTina, je pense à toi !), mais pour Robyn, il faut plutôt voir ce come-back comme une renaissance après un sérieux breakdown suite à une rupture et au décès en 2014 de Christian Falk, un de ses plus fidèles collaborateurs depuis son premier album en 1995, à qui elle dédie le titre « Missing U ».

Pourtant pendant tout ce temps la chanteuse n’a pas quitté nos playlists : un EP brillant en 2014 avec Röyksopp, un autre l’année suivante avec La Bagatelle Magique, ainsi que divers feat avec Neneh Cherry ou Metronomy. C’est seulement au printemps 2017 que ce sixième album a commencé à se matérialiser, lorsque le titre « Honey » accompagne le générique de fin d’un épisode de la série « Girls ». C’est suffisant pour exciter les fans sur la toile et voir fleurir le hashtag #ReleaseHoneyDamnIt.

Mais Robyn ne cède pas. Elle s’accorde la liberté de retravailler le morceau et de sortir ce qu’elle veut, quand elle le veut. Une liberté rare dans l’industrie qu’elle a acquise dès 2005 en fondant son propre label (Konichiwa Records), période à laquelle elle a délaissé les sonorités R’n’B de ses débuts pour se tourner vers une dance pop encore rare dans le paysage de l’époque. La liberté c’est ce qui caractérise intrinsèquement la musique de Robyn, encore aujourd’hui avec les neuf titres de ce nouvel album.

En quête d’un renouveau, la Suédoise a décidé de s’émanciper du format classique du titre pop afin de se rapprocher d’une construction club comme elle l’expliquait au New-York Times : « Les titres de cet album ne sont pas produits ou écrits comme des chansons pop classiques. Ils sont basés sur la même idée que la club music, les deux genres ayant leur propre mode d’écoute. Quand vous écoutez de la club music, il n’y a pas de récompense. La récompense n’est pas « Oh, voici le refrain. Voici les paroles accrocheuses ». Vous devez l’apprécier comme elle est. Vous devez apprécié qu’il n’y ait pas de conclusion ».

Robyn

Robyn envisage donc « Honey » comme une pop sans récompense à la clé. Difficile pourtant de lui donner raison en écoutant des bijoux tels que « Because It’s in the Music », « Baby Forgive Me » ou « Send to Robin Immediately » ou l’hypnotique « Beach2k20 » !

En quarante minutes, « Honey » redéfinit les lignes de ce que se doit d’être un album pop 2018. Mélodique, dansant, atypique et – surtout – rappelant pourquoi on s’attache à un artiste. Concernant Robyn ça passe évidemment par sa voix toujours aussi pure et éthérée, ainsi que par des textes toujours aussi percutants.

L’ADN Robyn est lui intacte et confirme que l’attente en valait la peine. Ne serait-ce que par les tubes « Honey » ou « Ever Again », titre final produit par Joseph Mount de Metronomy, qui s’inscrit directement comme un classique de la trempe d’un « With Every Heartbeat », « Call Your Girlfriend » ou « Who’s That Girl ».

A une époque où la pop music semble en quête de sens, en manque de renouveau et souhaitant revenir en 1999, Robyn propose un projet qui se rapproche d’une perfection pop qui, aussi sucrée et mélancolique soit-elle, est loin d’être périmée.

A retenir : « Ever Again », « Honey » et « Beach2k20 »
Note : 87 / 100